CAROLINE BOË
Composer - Sound creator

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Des gouttes encore des gouttes ! Installation sonore.

29 mai 2019
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Des gouttes encore des gouttes ! ou Du désir d'écouter l'eau...

Installation sonore présentée lors du séminaire SoMuThé (Sons Musique et Thérapie), laboratoire PRISM.
CNRS – Campus Joseph Aiguier, Marseille

 

 

Pour la petite anecdote, j’ai fait une captation de ces sons en Tunisie. En allant enregistrer une potière qui vit en haut de sa colline d’argile, les pieds dans la boue, mon attention a été stimulée par ces minuscules sons de ruissèlement et de gouttelettes, dans un espace sonore très large, en pleine nature, loin de tout bruit d’humanité. 

C’est donc une sorte de reconstitution de paysage sonore que j’ai cherché à faire. Tout devient musique dans ma perception. C’est ce que j’ai tenté de retransmettre : cette déformation du réel naturel, en pièce musicale.

Les niveaux sonores sont très faibles, en moyenne dans les -35 db, sur la console de mixage. Au delà de la réalité de ces sons de faible intensité, il me semblait intéressant, d’attirer l’attention par ce presque rien, d’entraîner l’auditeur dans une expérience subtile, où le corps se doit d’être actif afin d’être réceptif.

Par la composition de sons isolés, par la transformation électronique de ces sons, et par la spatialisation hexaphonique – à l’image de la structure hexagonale de l’eau en cours de cristallisation–, le paysage sonore devient œuvre musicale.

Pourquoi faire le choix de mettre ces sons singuliers en musique, au-delà de l’esthétique du presque rien ? Au départ, je n’ai eu aucune hésitation, c’est mon expérience sur place, de la poésie sonore, qui a attiré puissamment mon attention et mon écoute. Le son devient sujet, et je deviens objet de l’attraction. Alors pourquoi précisément cette jouissance ? Serait-ce mon corps ?

Et c’est ce questionnement qui m’amène à prolonger l’analyse phénoménologique par une interprétation herméneutique. Selon Heidegger « l’herméneutique est un dépassement de la phénoménologie car elle s’applique à ce qui ne se montre pas ». Transposé à la musique, elle peut s’appliquer à ce qui ne s’entend pas. Il s’agirait donc, d’avoir une expérience, de ce que l’on n’entend pas. 

Gino Stefani, musicologue-sémioticien italien, de son côté nous fait comprendre que le fétus a une expérience vibratoire des sons, par transmission osseuse des vibrations. Il perçoit entre-autres les sons de déplacement du liquide amniotique. Il est plongé dans un bain sonore aquatique. La substance de l’eau, résonne dans son corps, déjà avant la naissance. C’est une sorte de pré-écoute, de proto écoute. Par l’expérience, plus tard de l’écoute, via notre système auditif, nous pourrions revivre l’expérience intra-utérine, ce qui pourrait expliquer cette jouissance auditive.

Article scientifique :

Du désir d'écouter l'eau (https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-02416873/document).

Récitons la suite, installation relationnelle.

24 novembre 2017
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GMEM – CNCM de Marseille / Aix-Marseille Université

Inscrite dans une esthétique relationnelle, l’installation propose au public une situation et une expérience. 

Le public est invité à contribuer à l’enregistrement d’une fiction musicale, à partir d’un pastiche des Récitations d’Aperghis.

Pendant ce temps, dans l’espace de diffusion est restitué le travail effectué lors des ateliers d’enregistrement précédents.

Cette création, qui offre au public à la fois une expérience d’invention vocale et une expérience de perception à travers l’écoute, est liée à une recherche universitaire musicologique, établissant des liens entre les Récitations d’Aperghis et la théorie de Lacan sur l’inconscient « structuré comme un langage ». 

Il s’agit d’une mise à disposition pour le public d’une situation dans laquelle l’Autre peut participer, contribuer à une fiction dirigée. Chaque participant entre à son tour dans le studio d’enregistrement où je l’accueille. Après un tirage au sort dans un jeu de cartes – se référant à Stimmung de Stockhausen et à Stratégies Obliques de Brian Eno, il enregistre un mot ou un son vocal. 

 

Tirer une carte et la chanter

Les cartes sont dessinées et rappellent le style graphique de la partition de Stripsody de Cathy Berberian. Peu importe que la personne soit musicienne ou non, le dessin donne une intention, un univers pour l’interprétation. C’est libre et ludique. C’est aussi une relation intime avec l’artiste.

Enfin, la question de l’écoute se pose, lorsque l’auditeur se trouve confronté à sa propre voix, entendue de façon externe.

Ces nouveaux éléments, riches en diversité de timbre, seront ensuite montés selon une structure aperghisienne et remixés en temps différé, après chaque séance pour être diffusés lors d’une prochaine installation. L’installation s’enrichit à chaque présentation.  

 

L'espace de diffusion : Enlacement des tores de la demande et du désir

L’espace, structuré par dix haut-parleurs, restitue le travail effectué lors des ateliers précédents. Deux trajectoires de son s’enlacent, pour figurer le schéma topologique de Lacan à propos de l’enlacement des tores de la demande et du désir. Lacan s’appuie sur ce schéma pour montrer que la demande de l’un ne correspond jamais au désir de l’autre. L’un demande à l’autre de désirer ce qu’il demande, et ce qu’il demande à l’autre de désirer n’est qu’un fantasme qu’il construit à travers une signification qu’il attribue à l’autre, c’est à dire un fantasme de lui-même, fantasme que Lacan appelle le Grand Autre. 

 

Hétérophonie

Ainsi, deux pastiches des Récitations d’Aperghis sont diffusés en hétérophonie – en référence aux travaux de François Nicolas –, selon ces deux trajectoires lacaniennes : l’une, que je chante, représente la demande, l’autre est chantée par les participants des installations précédentes, et représente le désir, autrement dit le Grand Autre.

 

Pastiches

Le pastiche permet à la fois de mieux comprendre l’œuvre  d’origine – à travers la perception du pasticheur – et de pratiquer le langage musical du compositeur d’origine, d’en faire une langue vivante. Ici c’est un hommage à Aperghis.

 

Tableaux-partition

Les partitions d’Aperghis sont particulièrement intéressantes d’un point de vue graphique. Pour mettre en valeur cette dimension, sont exposées les partitions-pastiche comme des tableaux sur toile. Le regard de l’écouteur est sollicité, ce qui modifie sa perception musicale. Le regardeur, initialement écouteur, est guidé par ce qu’il entend, sa perception visuelle est aussi modifiée par sa perception auditive.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Articles scientifiques

Le pastiche musical comme interprétation critique et esthétique  (https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-02004784v2/document), et Les “ trésors du signifiant ” dans les Récitations de Georges Aperghis  (https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-02004780v2/document). 

Rencontre tout simplement

15 juillet 2015

Rencontre avec Maximilen Cattineau (Viole de Gambe) et Arnaud Bouchet (Peintre)

La création vient du simple désir de confronter le style baroque de Maximin Cattineau et de sa virtuosité en musique baroque, à la viole de gambe, et la création contemporaine. La rencontre avec le peintre Arnaud Bouchet, et de sa série Les Blanches a inspiré ce diaporama musical. La question de l'intuition (obvie) est travaillée, en faisant abstraction de toute construction intellectuelle (obtus). Maximin Cattineau prend la partition à bras le corps, et n'hésite pas à la transformer dans son utopie baroque. Je l'y encourage, les notes  sur la partition que j'ai écrite sont juste un cadre pour stimuler le corps créatif de ce musicien. Le diaporama a été ajouté après coup, sans réelle problématique de justification, quelque chose de l'ordre intuitif de l'association a guidé, le hasard de la rencontre, l'imperceptible de la perception, une question de goût subjectif qu'on aimerait laisser telle quelle, naïvement... Peut-être quelque chose en lien avec le mystique/nature d'Arnaud Bouchet ? 

Sonate Laaroussa, création musicale de spectacle vidéo-chorégraphique.

03 mai 2013
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Laaroussa

Prix SACEM Valorisation de la musique symphonique.

Spectacle vidéo-chorégraphique de Selma et Sofiane Ouissi
Co-production MP13, Kunstenfestivaldesarts, Scène Nationale d’Annecy
Violon : Caridad Martos, Alto : Victor Portoles.

 

Article Zibeline

« Une partition gestuelle précise et fascinante, accompagnée parfois – trop peu souvent ? - par la création musicale subtile de Caroline Boë, et les séquences en gros plans – parfois trop longues - de Cécil Thullier et Nicolas Sburlati. […] les belles images abondent, inattendues, rendant l’artisanat à sa geste, sans que jamais un mot ne soit prononcé qui raconte l’histoire, sans que jamais les objets fabriqués ne soient montrés, laissant grande ouverte la porte du rêve… »

Agnes Freschel – Zibeline - Août 2013

 

Article RTBF

« Quand vous regardez des potiers ou (potières), mouler, selon des pratiques ancestrales, des vases auxquels leur habileté donne forme, vous avez l’impression d’assister en direct à la naissance d’une œuvre d’art. En même temps ce travail répétitif, peut paraître fastidieux, voire abrutissant pour (ceux) celles qui le pratiquent.

Deux danseurs/chorégraphes tunisiens, Selma et Sofiane Ouissi ont décidé de s’emparer de ce travail manuel en le transformant en un objet de danse, un hommage au corps créatif, dans sa justesse et sa précision. Cela donne un spectacle d’une extrême délicatesse, s’appuyant sur une vidéo, parfois trop longue, de Cécil Thuillier (seul bémol de l’ensemble) et une composition musicale en volutes voluptueuses de Caroline Boë.

Dans une première phase, la vidéo propose de beaux visages de femmes âgées qui se caressent le visage avec tendresse, comme si elles moulaient un vase, l’affection en plus. Puis on distingue Selma et Sofiane, assis de dos, torse nu ce qui permet d’admirer une surprenante "chorégraphie musculaire dorsale": ce que le dos "produit" d’ondulations quand les mains travaillent la poterie.

Une autre séquence vidéo nous transpose avec les potières dans la nature tunisienne et nous fait voir les deux interprètes, cette fois de face, toujours assis, reconstruisant l’espace par les mains: il n’y a pas d’imitation "naturaliste" des potières mais une construction stylisée basée sur la répétition des gestes et le découpage rythmé de l’espace. L’hommage ainsi rendu à la beauté du geste quotidien et à sa transformation en art est à la fois subtil et émouvant. Comme si intelligence, sensualité douce et rituel corporel s’unissaient pour notre plaisir. »

Christian Jade - RTBF.be - 06 mai 2013